mardi 8 avril 2014

Rwanda ou ailleurs, oui au devoir de mémoire!

J'écris cette courte note en réaction à des échanges entre des amis dans le réseau Facbook car ces jours-ci, tout le monde célèbre le 20ème anniversaire du génocide rwandais où près 800.000 personnes furent assassinées. Cela est révoltant et doit être commémoré. Bien sûr.

Personnellement, j'ai des amis et collègues rwandais (qui se reconnaîtront) qui travaillaient comme enseignants avec moi à Djibouti à l'époque de cette tragédie. Avec quelques autres djiboutiens, on a fait ce qu'on a pu pour les aider à traverser l'épreuve. Bien sûr, je compatis également avec tous les peuples victimes de génocide présent ou passé (Congo, Centre Afrique, Sud Soudan, autochtones des amériques, esclaves africains, juifs, arméniens, kurdes, etc). Hélas, qu'ils soient de l'Afrique ou d'ailleurs, il y a et il y a toujours eu des peuples génocidés et des systèmes génocidaires. Il ne faut pas oublier cela ni tenter de le nier. Peu importe la couleur de sa peau, sa religion, la longueur de son nez ou de ses cheveux, son origine ethnique ou "son odeur" présumée... Une victime est une victime. Et, même animale ou végétale, la vie est sacrée. Bien sûr!

Cela dit, bien plus près de nous djiboutiens, il y a des compatriotes djiboutiens réprimés et emprisonnés pour délit d'opinion par les forces armées et la police politique de IOG. Les prisons et les hôpitaux débordent. Les disparitions se multiplient. Malheureusement, ceux qui en parlent le font souvent de façon biaisée et partisane entachant, de ce fait, la crédibilité des accusations que l'on pourrait porter contre les tortionnaires zélés des civils sans défense.

De plus, comme djiboutiens et africains de l'est, dans notre région, il y a aussi le peuple soomaal qui est devenu le punching ball de tous (américains, français, japonnais, ougandais, kenyans, éthiopiens, burundais et j'en passe...). Depuis au moins 1991, ce peuple est puni collectivement... Pourquoi? Et... en connaissez-vous beaucoup (artistes, intellectuels, philanthropes, etc.) qui en parlent ou qui expriment une quelconque compassion à l'égard de ce peuple? De facto, les somaliens (et tous les autres somalis, avec) sont punis collectivement. Par extension, nous sommes toutes et tous punis collectivement. Sommes-nous tous des terroristes ou des pirates? Mais voyons, donc! Comme on dit en bon québecois...

Partout où nous vivons, parmi nous, il y a des amis compatissants, des voisins souriants, des travailleurs infatigables, des collègues serviables et bien sûr des contrabuables consciencieux du bien-être global de leur communautés respectives. Nous ne méritons ni n'acceptons, ni le mépris, ni l'ignorance ni même la pitié. Notre humainté (imparfaite comme pour tout le monde) est pleine et entitière. Point à la ligne.

Ce que l'on fait  aux réfugiés somaliens dans les camps de concentration de Dhadhaab, au Kenya ou d'ailleurs est pire que dans les camps nazi. On doit donc en parler. Et qui doit en parler si n'est nous, les proches? Charité bien ordonnée commence par soit même (ce n'est pas de moi).

En un mot, oui au devoir de mémoire. Oui à la compassion pour TOUTES les victimes. Non à la barbarie. Non à la mémoire et à la compassion sélectives car cela est synonyme (pour moi en tout cas) de se donner une bonne conscience à peu de frais. Je dis cela car les tutsies rwandais ont gagné et tout le monde peut et veut pleurer pour et avec eux, aujourd'hui.

Pleurer pour et avec les gagnants... Elle est là, la véritable tragédie de l'humanité.

Hassan Aden
hassan.aden@halearningtech.com

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