lundi 21 décembre 2009

Djibouti: Éducation Nationale (part.3)



Avant tout, cette période de l'année est riche commémoration:

Bonne année à tous les musulmans car le 17 décembre dernier, était pour tous les musulmans le début du nouvel an. Le 17 décembre 2009 était pour nous, le 1er de Muharram 1431. Bonne année donc.

Joyeux noël à tous les chrétiens qui vont fêter la naissance du Christ le 25 décembre prochain. enfin, bonne année de nouveau car 2010 est à nos portes.

Ces réjouissance partgées, revenons à mes derniers articles sur l'Éducation nationale. Dans mes deux derniers posts dédiés à ce sujet, je vous présentais comment le concours de trois facteurs a mis K.O. notre système. Voici un court résumé de ces 3 facteurs :
  1. La première saignée consécutive à la perte de beaucoup de maîtres ayant profité de la djiboutianisation de la haute administration publique. Ceux parmi les maîtres qui en avaient la possibilité, se sont dénichés des postes confortables de hauts fonctionnaires ou de diplomates...
  2. Le sabotage des coopérants français et de leurs hommes de main (les maîtres-défaillance) qui utilisaient le budget djiboutien et celui de la mission française de coopération et d'action culturelle pour tuer dans l'oeuf toute initiative djiboutienne.
  3. Le laxisme des décideurs politiques du pays qui, au lieu de se pencher sur les problèmes de l'Éducation nationale, ont préféré “caser” leurs enfants dans les écoles où il y avait des blancs. Gouled (AHN) lui-même, souvent, faisait plus confiance à ses conseillers blancs plutôt qu'à son entourage de mangeocrates. Il faut admettre que c'était, la plupart du temps, à raison! Il disait souvent : “ha taabanina gaalku wuu idin dhaamaaye, tuug yahay xumi
Avant de passer à la suite, permettez-moi de vous présenter un autre exemple de coup de génie des maitres-défaillance, ces hommes qui ont tenu le gouvernail de notre système éducatif. En 1986, ils ont obligés tous les directeurs d'école à prendre une carte de membre du RPP. Avec ou contre leur gré, ces derniers avaient subi une retenue à la source de 24.000Fdj (soit 2 mois de prime de responsabilité de direction d'école). No comment. Retournons alors à notre sujet.

Cette situation de délabrement a commencé à pousser le maître à organiser sa défense. En 1984, un groupe de jeunes maîtres a commencé un processus de création d'un syndicat pour tout leurs collègues du primaire. Il faut souligner qu'à l'époque, au secondaire, il n'y avait pas beaucoup de djiboutiens.

Au cœur de cette initiative, il y avait des jeunes comme Ismael Aden, Osman Omar Moussa et Hassan Youssouf Loita (la mémoire commençant à flancher, je dois sûrement en oublier quelques autres; qu'ils me pardonnent).

Avant même que ces derniers n'aient le temps sensibiliser la moitié de leurs collègues, la machine répressive entre en scène! Cartoux, Broussal et leurs hommes de main, les maîtres-défaillance tapent fort et réunissent à tuer dans l'œuf, le germe de ce qui aurait pu devenir le premier contre-poids à leur politique de mise à mort programmée de notre système éducatif. En faisant cela, cette mafia avait sauvegardé un système où ses hommes étaient seuls juges et... parties. Out, la compétition!

Ces trois collègues (Ismael, Osman et Loita) et ceux qui leur avaient prêté une oreille attentive se sont retrouvés dispersés (tels Hawa et Adam après l'histoire du fruit défendu) aux coins les plus inacessibles du pays. Épouses, enfants et parents se retrouvent séparés. Du jour au lendemain, des épouses sont séparés de leurs maris. Du jour au lendemain, des enfants sont séparé de leurs pères. Du jour au lendemain, des parents sont séparés de leur fils. Car, ces jeunes hommes qu'ont parachutait par mesure punitive aux coins les plus reculés du pays étaient des maris, des jeunes parents ou encore les enfants chéris de leurs parents.

Je me rappelle de l'exemple de mon ami Osman enlevé à son père (AHN) à l'époque malade et cloué au lit. Osman fut enlevé à son père. Un père ayant perdu de sa mobilité et de son autonomie et, insulino-dépendant dont il prenait soins en permanence quand il n'était pas en classe.

Mais le plus révoltant est que tout cela s'est passé dans un pays il n'était dit nulle part que le syndicalisme était interdit. Incroyable, mais vrai.

Cette première tentative ayant été avortée, le maître djiboutien s'est résigné. Notre système éducatif se centralisait à l'extrême. Dans tout le primaire, un seul homme tirait sur toutes les ficelles. Sans jeu de mots, il tirait sur tout ce qui bouge. Gare à l'esprit initiativ (c'était réservé aux coopérants)!. Le système se mourait *“lentement, doucement mais sûrement” à cause de l'état de léthargie généralisé (du c^té djiboutien) qui s'installait.

De plus en plus de personnel qui avait de la parenté au gouvernement quittait le navire, accentuant la saignée. On était arrivé à une école djiboutienne que presque aucun fils de personnalité importante ne fréquentait ni... n'y officiait. L'Éducation n'intéressait plus personne (en dehors bien sûr du maître) et par voie de fait, se mourait. Et ce maître mythique perdait de son lustre. La petite scène qui suit vous résumera mieux qu'un long discours, la nouvelle image du maître.

Un jour de grosse ondée, je suis allé voir mon collègue directeur de l'École du Q6. À l'époque, la petite rue qui passe devant cette école devenait une vraie piscine à la moindre goutte de pluie (je ne sais pas si elle le reste encore). Arrivé au portail de cette école et dans l'attente qu'on vienne me l'ouvrir, je fus témoins, en moins d'une minute, de la scène suivante.

Mon attention fut attiré par le bruit d'un gros 4x4 roulant dans l'eau à vive allure et soulevant au passage deux murs d'eau, provoquant un sauve-qui-peut dans son sillage, chez les piétons. Ce gros 4x4 arrose copieusement un jeune homme qui se dirigeait vers l'école. Le jeune homme en question, marchait sous une fine pluie, pieds nus et sans parapluie ni aucun vêtement contre la pluie, pataugeant prudemment dans cette eau boueuse qui lui arrivait à la mi-mollet. Il avait roulé son pantalon jusqu'au genou et portant ses livres et ses cahiers dans un sac de “Craven A” avançant tant bien que mal, les chaussures à la main (pour ne pas les abîmer), vers le portail de l'école.

Après l'avoir arrosé de pied en cap, le puissant 4x4 s'arrête, effectue une marche arrière, s'immobilise à la hauteur du jeune homme et baisse les vitres électriques à moitié. Quelques mots (je suppose d'excuses) une portière s'ouvre et le jeune homme monte. Le 4x4 redémarre doucement et s'immobilise devant le portail de l'école où j'attendais toujours. Le jeune homme dégoulinant de l'eau boueuse et quelques écoliers descendent du 4x4 qui redémarre. À son volant, un actionnaire de la SOGIK.

Le jeune homme était encore hagard quand il me salua. C'était en fait un jeune maître. Il était en retard de plus de 30mn à cause des minibus qui refusent certaines rues quand il pleut. Il implorait mon intervention auprès de mon collègue directeur pour excuser son retard. En me parlant, il soufflait sur l'eau boueuse qui coulait sur son visage pour ne pas qu'elle lui entre dans la bouche et sa chemise décolorée par l'éclaboussure lui collait à la peau! Toute une image. L'image du maître et de l'avenir du pays dont il est le socle!

À suivre.

Hassan A. Aden
hassan.aden@ncf.ca

* “Lentement, doucement mais sûrement” expression si chère à un des ministres de Gouled (AHN) des années 90. Je vous laisse trouver qui.

----- Article révisé le 20 juillet 2016 (quelques coquilles de moins)

1 commentaire:

  1. Ce n'est pas Elabeh ? ( AHN ) La charade.
    Raconte Hassan, comment ont été éliminé la majorité des enseignants et directeurs Issack et Gadabourci de l'Educ Nat.
    Le role de Elabe et London dans cette "élimination".
    Merci.

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