jeudi 9 février 2012

Mois des noirs. Part.1

Mois des noirs.
Part. 1: «Je cherche l'Homme».

Il y a près de 330 ans avant notre ère, se promenant un lampion à la main, en plein jour, dans les rues d'Athènes, Diogène de Cinope (alias Diogène le Cynique) disait «je cherche l'homme». Ben, figurez-vous qu'il y en a qui le cherche encore cet homme (*). Le vrai. Pas l’humanoïde mais, l'Humain intègre, responsable, raisonnable, compatissant...

Parce qu'en Afrique, quelques jours après la chute de Mouammar Kadhafi, ceux et celles qui croyaient en la libération du peuple libyen, d'une dictature vieille de 42 ans et, en la création d'une Libye moderne et égalitaire, ont très vite déchanté.

Ce n'est plus un secret. Ceux qui ont pris la place de M. Kadhafi, ont tout de suite montré leurs vrais visages: celui d'une bande de mercenaires méprisables, réunie pour humilier la Libye africaine. Oui! Oui! Combattre et démettre un dictateur est une chose, se livrer à la perversité et humilier les africains, chez eux, en Afrique, en est une autre. Voilà une belle leçon pour tous les hommes noirs, qu'ils fussent africains ou d’ascendance africaine, et, par extension, pour tous les hommes de la terre qui ne font pas partie du fameux 1%!

Nous avons tous vu ces images de ces soi-disant combattants tirant en l'air au passage des caméras des télé. On les croirait à une fête foraine. On les a vu maltraiter, puis tuer un homme déchu, blessé et sans défense. Enfin, on les a vu humilier la dépouille de ce même homme, telle un trophée de chasse, en l'exposant pendant des jours. Loin de s'arrêter là, on sait aussi qu'ils ont volé cette dépouille à sa famille et surtout à l'histoire, en la jetant «quelques parts dans le désert». En dernier lieu, on les a vu détruire le «palais» (en fait la relativement modeste résidence du Colonnel Kadhafi)... Une question s'impose, alors: Pourquoi?

Qu'ont-ils à cacher ces «libérateurs» quand nous savons, par exemple, que les russes n'ont pas détruit le Kremlin, ni jeté le corps de Staline ou de celui de Lénine quelque part en Sibérie, après la déconfiture de l'URSS! Qu'ont-ils fait du corps de Kadhafi, ces libérateurs à la gomme? L'ont-ils enterré dans le désert, comme ils le prétendent, ou, l'ont-ils vendu à quelque pervers collectionneur? En tout cas, les basses œuvres de ces gens sont contraires à toute morale, à toute moralité, à toute humanité, et enfin, à tous les préceptes de l'Islam, auquel ces gens prétendent appartenir.

Ils ont soustrait à l'histoire et à la mémoire collective de l'Afrique et du monde, une page importante (peu importe sa couleur). Oui! Ces mercenaires viennent d'arracher cette page à l'abécédaire de l'histoire de l'Afrique. Mission accomplie. Comme ça, Sarko le nabot, ira délirer comme à Dakar, quelque part en Afrique: «le drame de l'Afrique... c'est que c'est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire».

Ces méprisables mercenaires et leurs parrains viennent de faire d'une pierre deux coups:
  1. effacer des pans de notre histoire de la mémoire collective,
  2. nettoyer la scène de leur crime (7 mois de bombardements aveugle, ce n'était pas pour lancer des pétales de roses).
Appelons un chat, un chat. Mais ce n'est pas tout. Ils ont fait pire, ces mercenaires: ils ont traité d'étrangers et de «mercenaires» les libyens à la peau foncée qui ont survécu au tapis de feu de l'Otan et aux razzias et, aux nettoyages raciaux subséquents, des arabes. Rien de moins!

Oui! Le ridicule ne tue pas: être en Afrique et avoir le culot de traiter les hommes noirs d'étrangers! Il faut le faire! Mais ce n'est pas tout: que le premier président américain d'ascendance africaine fasse partie de ces basses œuvres... C'est encore plus révoltant! Qu'a-t-il fait de son discours d'Accra (Ghana) était-ce de la foutaise? Comme d'autres avant lui, je crois qu'il a dû confier le destin du continent noir aux hommes de mains du lobby des ressources naturelles œuvrant à la basse-cour de la Maison-Blanche...

Tout le monde le sait, Kadhafi ne se maintenait pas au pouvoir grâce à une poignée d'hommes noirs (les rares libyens africains ayant survécu à l'installation des arabes). Impossible! Il ne se maintenait pas non plus au pouvoir, grâce à quelques milliers d'africains, travailleurs immigrés originaires des pays voisins, sous-payés, mal nourris et corvéables à merci. Nonsence! Vociférer devant les caméras de telles absurdités est la plus vile des mauvaise foi. Passez moi le terme : on peut appeler ça une «boulchette». That's a bullshit.

En fait, Kadhafi était au pouvoir grâce aux arabes de Libye. Fact! La majorité de ces gens ont retourné leurs vestes quelques semaines, voire quelques heures, avant la fin. Fact! En outre, tout le monde (y compris les français et surtout les italiens) a mangé dans la main du «guide» du temps de sa splendeur. Fact! Les africains n'ont rien à avoir avec ça. Nous savons tous que Kadhafi a planté sa fameuse tente dans les parterres des plus grandes capitales de la Terre et que la plupart de ceux qui lui jettent des pierres aujourd'hui, ont multiplié baises-mains et courbettes pour avoir ses faveurs.

Pour la petite histoire, aujourd'hui, Steven Harper et d'autres font les mêmes courbettes devant les communistes chinois, connu pour le peu de cas qu'ils font des droits de l'homme. Autre fact!

Les faits sont les faits. Tout le reste, c'est de la fumisterie. Les africains n'ont rien à avoir avec ça. Ils n'ont pas à payer pour ça! L'Afrique appartient aux africains et aussi à ceux et celles qui viendront y vivre, y commercer ou la visiter en paix dans le respect des règles et des intérêts fixés par la majorité de ceux et celles qui sont déjà là-bas. On appelle ça, la démocratie.

Depuis la fin du Bloc de l'Est, la nouvelle élite politique «mondiale» qui a pris le pouvoir dans les grandes démocraties occidentales, est en train de pervertir l'idéal démocratique en laissant sa politique étrangère guidée par la lorgnette des multinationales du pétrole, des armes, des ressources naturelles, de la haute finance, des paradis fiscaux, etc. «Si vous n'êtes pas avec nous, vous êtes contre nous» disait le fils de son père... Hélas, nous voyons depuis, qu'il n'est pas seul à avoir cette étroitesse d'esprit.

Obama, Cameron, Merckel, Sarko, Harper, etc. Travaillent-ils pour la majorité des citoyens de leurs pays respectifs? Sûrement pas. En tout cas, ici, au Canada, on n'est pas plus riches, ni plus heureux, qu'avant la chute du «guide». On n'est pas plus riches, ni plus heureux, qu'avant celle de Moubarak. On n'est plus riches, ni plus heureux, avec l'exploitation des sables bitumineux de l'Alberta. Même si quelques personnes en ont profité abusivement, la majorité n'en reçoit aucun bénéfice direct ou indirect. Au contraire. Tout nous coûte toujours plus cher: taxes, impôts, nourriture, services publics, etc.

Faut-il rappeler que la plupart des hommes qui ont accompagné notre cher premier ministre dans sa mission en chine, avaient gagné plus du revenu annuel moyen (hors taxes) du canadien moyen, le 1er janvier 2012, à la pause-café de 10:30? C'est à dire qu'ils ont gagné ce revenu moyen annuel en moins de deux heures de temps. Vive l'égalité des chances! Vive la démocratie. Je suppose que cela est pire à Washington et à Londres. Pour Paris? Bonn? Rome? Etc. Je ne sais pas, mais cherchez.

Heureusement, de plus en plus de voix s'insurgent contre cette classe politique immorale qui ne cherche le citoyen (et son avis) que le temps d'un meeting partisan ou d'une campagne électorale. Heureusement, que le vrai problème a traversé les frontières de l'Afrique ou du Tiers-monde. Des pays d'Europe (dont l'Italie membre la farce libyenne) sont en faillite.

Parce que le fond du vrai problème est la dangereuse dérive sur tous les plans que nous vivons ces temps-ci. La cupidité des multinationales qui ont placé des hommes de main dans toutes les capitales de cette terre, crève les yeux. La Libye et les opérations militaires dans leTiers-Monde, c'est de la diversion médiatique pour cacher le pillage des ressources des plus pauvres. Rien de plus ni de moins. Une affaire de prédation, quoi!

Les fameux ''1%'' dénoncés dans toutes les grandes métropoles d'Amérique et d'Europe par le mouvement dit ''des indignés'' est une expression du ras-le-bol global car, les noirs ne sont plus les seuls à être exclus et méprisés. Les avions de l'Otan et les résolutions des Nations-Unis humiliant le Tiers-Monde et... les matraques des policiers sur la tête de ceux et celles dénonçant l’iniquité dans les rues des grandes métropoles de la terre, sont au service des mêmes intérêts. Point final!

En guise de conclusion, j'ai écrit le présent papier sous le coup de beaucoup d'émotions (**), quelques jours après la destruction totale de la Libye. Je n'ai pas pu le publier, faute de temps. Aujourd'hui, je n'ai pas décidé de le ressortir et de le mettre à jour dans le but de pleurer Kadhafi. Non. Je n'ai jamais été copain-copain d'un tyran,  ni adhéré à son fan-club. En fait, c'est parce que nous sommes en février, «le mois des noirs» et qu'il faut parler du devenir de l'homme noir et donc de l'Afrique, berceau de tous les hommes et de l'homme noir en particulier et que cette affaire libyenne a été une sorte de catalyseur qui m'a aidé à voir les choses plus globalement, en perspective et, avec un certain recul...

Oui! Le monde change et l'Afrique avec. Oui! L’Afrique a connu son lot «changements démocratiques» qui a mis fin à la carrière despotique de plusieurs clans tristement notoires (Ben Ali de Tunisie, Moubarak d'Égypte, Kadhafi de Libye, Mbagbo de Côte-d'Ivoire, etc.). Plus encore: une 54ème libération, au le Sud-Soudan vient ajouter un peuple à ce qu'on appelle le concert des nations (mais qui, en fait est la source de toutes les cacophonies entre les nations).

OK! tout devrait donc mieux aller dans le meilleur des mondes, donc. Mais regardons d'un plus près, ces changements et posons-nous quelques questions. La grande majorité des ivoiriens, des libyens, des égyptiens, etc. sont-ils plus heureux sous leurs nouveaux régimes? Combien de Sud-Soudannais vont profiter de leur pétrole? Qu'est devenu l'ex-Zaire après le chute Mobutou? A. Bongo a succédé à O. Bongo... Comment? Biya est toujours là. Comment se fait-il? Me Abdoulaye Wade, au Sénégal, est en train de changer en dictature un des plus grands modèle de démocratie en Afrique. Comment est-ce possible?

Plus proche de moi, il y a Djibouti, mon pays chéri, où règne un régime tyrannique tenu depuis bientôt 35 ans, d'une main tâchée de sang, par une dynastie de cleptocrates, mis en place et maintenu au pouvoir par le même occident (qui verse des larmes de crocodile pour la Syrie).

À Djibouti, le peuple souffre, la presse libre est interdite. Les journalistes sont torturés (cf. Farah Abadid opposant et journaliste  membre de Ligue djiboutienne des droits de l'homme). 80% de la superficie du pays (y compris certains quartiers de la capitale) sont des zones de non droit. Dans ce contexte explosif, Ismaël Omar Guelleh, le cleptocrate en chef aux mains tachées de sang, a modifié la constitution sans référendum, pour se faire réélire. Qui en parle, à part nous les djiboutiens?

Pas très loin de là, la Somalie est livrée aux milices sanguinaires des Shébabs et aux soldats des états-voyous de la région (qui ne contrôlent même pas leurs propres territoires: Kenya, Burundi, Ouganda, Éthiopie, Djibouti, etc.). Faut-il préciser que les Shébabs et la soldatesque de ces états-voyous s'évitent souvent. Il y a de la place pour tous, dans le pillage et la destruction de la Somalie. Où est l'Otan? Où sont les Nations Unis?

Quand «la communauté internationale» est là-bas, c'est soit pour envoyer des drones ou des mirages pilonner aveuglement (pour toute sorte de motifs opaques) et aller ainsi donner un coup de main aux forces d'occupation de ces états-voyous, soit, pour aller, habillée en «humanitaire», encourager les mêmes états-voyous en leur distribuant des chèques-cadeaux (chers payés par les contribuables américains, européens ou autre). À l'occasion, ces gens qui n'ont d'humanitaire que la casquette, donnent aux somaliens, quelques sacs de farine avariée (qui iront nourrir les Shébabs). Personne n'est là pour la Somalie. Ça fait plus de 20 ans que cette mascarade se poursuit. Que fait Jerry Rawlings l'envoyé spécial des N.U. en Somalie, depuis octobre 2010?

Pour ceux qui refusent l'évidence, faut-il rappeler que les problèmes du monde sont globaux et que l'Afrique fait partie (et doit faire partie) de ce monde global? Ça fera bientôt 600 ans (au moins) que l'Afrique est décapitée politiquement, ruinée économiquement, dépossédée de sa mémoire grâce aux religions et autres armes de destruction massive, dépouillée de ses ressources humaines grâce à l'esclavage (dans le temps) et, à l’émigration massive (de nos jours). De gré ou de force, la jeunesse et les élites africaines quittent en masse l'Afrique et se jettent carrément à la mer. Il ne reste plus d'Africains pour l'Afrique.

Et puis, dans ce débat, où sont les leaders africains (dictateurs présents ou futurs et/ou opposants sincères, s'il en existe)? Comme d'habitude, ces gens se fourrent la tête dans le sable pour ne pas offenser leurs maîtres ou patrons de Paris, Washington et Dieu sait où, encore. Comme d'habitude, les éilites africaines brillent par leur absence, quand la destinée de l'Afrique se joue. Combien ont condamné de façon constante et cohérente la destruction de la Libye? Tout le monde a attendu la fin pour féliciter les gagnants.

Voilà, l'Afrique. Voilà, l'homme noir. L'accession à l'indépendance ne l'a pas changé, positivement s'entend. L'accès à la renommée ne l'a pas changé, positivement s'entend. L'homme noir compte des célébrités d'envergure mondiale dans les sports (même le golf et la F1), les arts, les sciences. Où est leur impact global? Où est leur leadership?

Rien de tout cela n'a changé semble-t-il l'homme noir... positivement et globalement s'entend. Mêmes les clés de la Maison Blanche n'ont pas bénéficié globalement à l'homme noir!

Partout où il vit, l'homme noir est toujours vu comme un mendiant, un parasite, un fainéant... Il alimente les délires les plus fous (exemple le doc Mailloux au Québec). Il est sur-représenté dans les prisons occidentales et sous-représenté dans le marché de l'emploi. Qui en parle sérieusement avec honnêteté et dans l'intérêt général supérieur et durable de la majorité de tous les hommes de la terre? Il faut admettre qu'il n'y en a pas grand monde. Hélas!

Voilà un tableau bien sombre. Doit-on parler de malédiction? Ou alors accuser les autres (blancs, colons et tutti quanti) et continuer les éternelles lamentations ou, faut-il passer à autre chose? Le débat est ouvert.

Selon moi, il faut essayer de recoller le morceaux tant à l'échelle personnelle qu'à l’échelle des groupes, des nations, etc. Il faut retrouver sa mémoire, pour commencer. Il faut retrouver son estime-de-soi (self-esteem à distinguer du foolish pride). Il faut redresser la tête et refuser l'aide empoisonnée, la charité, la pitié.

Quant à moi, je cherche toujours l'Homme. Dans cette quête, en ce mois des noirs, je consacrerai donc plusieurs articles sur différents sujets touchant les noirs, ici au Canada. Je vais par exemple aborder le dossier du «code de vie» que notre très inspiré maire, Marc Bureau de Gatineau, a sorti de son chapeau magique pour enseigner à «ses immigrants», les bonnes manières, les civilités et les règles de bon voisinage. Attention, aux odeurs collatérales! Ça risque de sentir très mauvais.

À Suivre.

Hassan A. Aden
hassan.aden@ncf.ca

(*) Homme = Espèce ou genre humaine; aucune connotation sexuelle.

(**) J'ai participé à l'époque à une émission radiophonique de « Réél Radio » (Radio de l'UQO Université du Québec en Outaouais) consacrée à la chute de Kadhafi (cause, consépquences, etc.). Réel Radio émet sur la fréquence 570 de la bande AM ou dans internet à l'adresse: . Vous pouvez d'ailleurs écouter le montage de cette émission, ci-dessous.

J'ai réduit la durée en enlevant les jingles, les plages musicales, les publicités et les thèmes annexes, puis, j'ai partagé en 3 parties que l'ont peut écouter ci-dessous. Bonne écoute.





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