lundi 3 octobre 2011

Compte-rendu de la commémoration du 21 anniversaire des événements qui ont suivi l’attentat du Café de Paris : On se tiendra débout, jusqu’au bout!

Ce samedi 1er octobre 2011, nous étions, comme prévu, à la Colline du Parlement d’Ottawa où se tenait pour la première fois, la commémoration du 21 anniversaire de la répression aveugle qui a ciblé la communauté Gadabourci suite à l’attentat du Café de Paris, le 27 septembre 1990. Attentat commis par, faut-il le rappeler, la police politique du régime totalitaire qui sévit à Djibouti depuis.
Dans un premier temps, en tant que coordonnateur de cette cérémonie de commémoration, permettez-moi de remercier chaleureusement ceux et celles parmi vous qui avez répondu présent à notre appel. Merci d’avoir apporté un peu de pommade sur les plaies de ceux et celles qui attendent depuis 21 ans, le même geste de la part de ceux qui «gouvernent» leur pays. Vous avez été nombreux à prendre en main votre responsabilité citoyenne, au contraire des «gouvernants» qui, la tête cachée dans le sable, attendent, comme d’habitude, que le temps efface leurs empreintes de la mémoire collective.
Vous avez fait preuve de courage et de compassion envers les victimes. Certains parmi vous, nous ont écrit des messages de soutien. D’autres sont venus en personne, bravant le froid et le vent de ce 1er octobre assez frisquet! Chers compatriotes et amis, c’est tout à votre honneur.
Cela dit, en tant que coordonnateur de cette cérémonie de commémoration, je ne pourrais m’empêcher une rétrospective et répondre aux questions que nous nous posons les uns et les autres et de les partager avec vous.
Mais avant ça, une remarque de taille : beaucoup de gadas que nous avons vu gesticuler dans d’autres circonstances (tant du côté RPP que celui des rangs de l’opposition sincère ou simulée) et qui bousculent habituellement tout le monde pour être vus, ont brillé par leur absence. Certains de ces « gadas » font pourtant partie des victimes, certains, à titre très personnel. Beaucoup de ceux qui ont quitté pays, familles, amis et carrières, à cause des persécutions qui les touchaient personnellement ou collectivement étaient absents. Comment faut-ils interpréter cela? Faut-il croire qu’ils sont touchés par le syndrome de Stockholm? Comment faut-il expliquer qu’ils soient absents quand on commémore la mort de leurs proches? À ces questions et à bien d’autres, j’ai quelques éléments de réponse (vous aussi, je suppose) mais le moment est inapproprié… Alors continuons.
Qu’est-ce qui s’est passé le 27 septembre 1990 à Djibouti? À l’aide de nombreux témoignages, nous avons pu refaire la chronologie des événements. Nous n’allons pas nous répéter, nous vous invitons simplement à lire l’article que nous avons consacré à ce sujet.
Quelques mots sur l’organisation.
L’idée de commémorer toutes les victimes du régime stalinien nous vient d’un ami et compatriote, monsieur Houssein Abdourahaman Djama «Andoleh». Je pense que le vrai initiateur, c’est lui! Moi, Hassan Abdi Aden, je ne suis que le coordonnateur. Pour diverses raisons, les autres personnes qui ont fait partie de l’organisation de l’événement, n’ont pas voulu publier leurs noms. Je respecte leur décision.
Nous avons invité de nombreuses personnes et personnalités: membre de la classe politique (opposition), leaders d’opinion, simples citoyens, etc. Pour des raisons pratico-pratiques, nous n’avons pu contacter ni monsieur Ismaël Guédi de l’UAD, ni monsieur Aden Robleh du PND, ni monsieur Souleiman F. Lodon, député-ministre gada de l’époque. Nous n’avons pas pu avoir leurs coordonnées à temps mais nous les contacterons!
À côté de cela, il est important de savoir que, pour une question de principe, nous n’avons invité aucune personnalité passée ou actuelle, dans le giron d’IOG. Leurs larmes de crocodile seraient une autre insulte aux victimes. Il en va de même pour certains «opposants» qui attendent d’occuper des places qui leur sont réservées d’avance, dans l’après IOG. Eh! Oui. Il y a encore des gens qui croient qu’ils seront «reçu», comme on dit, «hors-concours». Voilà donc pour l’organisation.
Qui a répondu à notre invitation à participer de près ou de loin?
Les messages de soutien de ceux qui ont répondu à notre invitation ont été publiés sans commentaire et en intégralité, dans djiboutii.net ou d’autres sites de l’opposition. Vous pouvez toujours avoir la possibilité de consulter ces messages. Quant à ceux qui vivent à Ottawa et qui sont venus en personne, leurs photos ont été, elles aussi, une fois n’est pas coutume, publiées dans le net. À noter que quelques personnes qui étaient là n’apparaissent pas dans l’album photo pour diverses raisons. Elles se reconnaîtront. Encore une fois, au nom de tous les organisateurs, un grand merci à tous ces compatriotes.
Pourquoi organiser une telle commémoration? Est-ce pertinent, 21 ans après?
Beaucoup de compatriotes ayant différentes motivations nous ont toujours demandé: «Pourquoi organisez-vous une telle commémoration qui risque de réveiller des vieux démons?». Ou encore: «laissez les morts tranquilles». D’autres, en des termes plus terre à terre, voulaient savoir si nous voulions dresser les gadas contre leurs frères issas…
Nous avons déjà répondu (et répété plusieurs fois) le pourquoi de cette commémoration, avec la plus grande clarté. Il me semble que ce n’est pas assez. Alors, pour la énième fois, apportons une réponse sans équivoque à toutes ces questions.
Tout d’abord, les victimes du régime au pouvoir à Djibouti depuis 34 ans, appartiennent à toutes les composantes du pays. D’un côté, il y a toujours eu la répression qui cible des personnes (en dehors de leur appartenance clanique?). Cette forme-là est la plus répandue et touche toutes les composantes de la nation. Tout le monde y a goûté un jour ou l’autre. Même les gens de la cour du roi Guelleh qui tombent en disgrâce! Sans oublier les plus hauts responsables de la sécurité, des forces de l’ordre et de l’armée, etc. Cela, nous le savons tous. Passées ou présentes, victimes nous le fûmes, ou le sommes. Quelle que soit notre origine.
De l’autre, il y a la répression aveugle qui touche des pans entiers de notre population, et cela, à cause de leur appartenance clanique, de façon systématique, systémique et planifiée. Dès l’indépendance, ce genre de répression s’est abattue en premier sur les afars. Le coup du «Palmier en Zinc», un autre «café» fréquenté par des expatriés français, ça vous dit quelque chose?
Fin des années 80 à début 90, les gadabourcis trinquent à leur tour. Début des années 90 à ce jour, c’est rebelote avec les afars, persécutés sauvagement dans presque toutes les régions du pays où ils habitent. Ces dernières années, les issas y passent à leur tour. Le régime les réprime de façon sournoise. Ali-Sabieh est le théâtre de violence contre des civils sans défense. Les jeunes de cette ville du sud (ou leurs parents s’ils sont introuvables) sont parqués par centaines par l’armée et la police politique dans des «centres de tri» emménagés dans les casernes militaires de la région et au poste frontière de Gallileh. La population d’As-Eyla toute entière est, ces derniers jours, victime d’une forme de répression toute nouvelle : elle est privée d’eau! Comment faut-il appeler cela?
La répression, c’est loin d’être fini. Ceux qui n’ont pas encore goûté à la punition collective de ce régime, attendent leur tour. À titre collectif, toutes nos composantes nationales sont condamnées en sursis par ce régime. Chaque jour a sa nouvelle tête à claques. Et, pendant que ce régime tape sur un groupe ou un individu, les autres regardent. On dirait que nous (les djiboutiens) sommes un troupeau de gnous regardant un des leurs sous les griffes d’un prédateur. Des gnous!.. Certains ayant le derrière en lambeaux, mais, heureux de s’en tirer à bon compte de cette attaque fatale… à la victime du jour.
En résumé, pour répondre à la question de savoir pourquoi une telle commémoration, je réponds que, ne rien faire, c’est encourager le régime à continuer la seule chose qu’il sait faire avec rigueur et de façon méthodique : taper sur une partie de sa propre population civile. Commémorer, n’est pas inciter à la vengeance. Au contraire. Ne rien faire contre la répression passée ou présente, c’est approuver les basses œuvres et les crimes d’IOG et donc, être son complice par association. Commémorer les moments douloureux, tous les moments douloureux de notre jeune histoire, c’est rappeler à Ismaël Omar Guelleh que ce qu’il fait depuis la naissance de la république ne tombe pas dans les yeux d’un aveugle. Ce n’est pas «réveiller les morts» ni «réveiller des vieux démons». Commémorer, c’est aussi rappeler à la communauté internationale ses responsabilités. Des dictateurs sanguinaires, il n’y en pas que dans les pays de l’or noir! Commémorer, c’est enfin rappeler aux djiboutiens que nous ne sommes pas un troupeau de gnous et que nous disons «assez».
Chers compatriotes, IOG est le seul responsable des génocides (sans le nom) qui se banalisent et se multiplient chez nous. C’est lui et lui seul, le responsable. Nous avons presque tous, un jour ou l’autre, de façon systémique, goûté à la violence du système que lui et son défunt oncle ont mis en place. Il est temps de se réveiller. Mais attention! Ne tenez pas votre voisin pour un ennemi. Ne vous trompez pas de cible.
Dans un monde normal où chacun reste à sa place et remplit la fonction que lui confie la collectivité, le pouvoir judiciaire ferait son travail : garantir à ramener sur le droit chemin quiconque attente à l’intégrité physique ou morale des citoyens. Nous savons hélas qu’à Djibouti, rien ni personne n’est à sa place. IOG est tout. Celui qui porte à tord le pompeux titre de «premier ministre» (mais qui en fait est le premier serviteur d’IOG) n’a-t-il pas répété plus de 10 fois dans son célèbre discours devant les obligés de l’UMP tenu au au Club Hippique aux dernières simulacres d’élections: «C’est cet homme (IOG) et lui seul…» qui a fait ceci; «C’est cet homme (IOG) et lui seul…» qui a fait cela? Il n’a pas tord. Il y a bien un homme et un seul qui fait tout dans ce pays: IOG. C’est lui et lui seul qui a tué et tue toujours de pauvres innocents. C’est donc lui et lui seul qui doit payer!
Ce 1er octobre 2011, à l’occasion de la commémoration du 21 anniversaire de la répression aveugle qui a a suivi l’odieux attentat du Café de Paris, toutes les victimes d’IOG crient justice. On se tiendra débout, jusqu’au bout. No joke folks! Nous avons le devoir citoyen de nous tenir débout et d’accuser formellement cet homme.

Hassan Aden.

5 commentaires:

  1. Pourquoi commémorer cette année? 21 ans de réflexion?
    Je suis contre l’injustice sous toutes ses formes, comme vous l’avez bien dit dans un monde idéal .les coupables auraient payés pour les crimes qu’ils ont commis mais hélas ce n’est pas qu’à Djibouti qu’on ne saura les vrais coupables d’un acte criminel.
    Je ne vous apprends rien, votre style d’écriture le montre, il est très difficile de trouver la vérité à Djibouti tant le commérage y est fort !!! Les vrais victimes sont capables de beurrer et pas un peu près !!! Ce qui rend alors invraisemblable les faits et comme les québécois le disent si bien « trop c’est comme pas assez »

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  2. Commémoration pour la 1ère fois en 21 ans... à Ottawa. Pour le reste, comme on dit, Dieu reconnaîtra les siens!

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  3. a mon avis tu es le seul gada qui a du sang

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  4. commémorer ,aujourd'hui,n'est pas trop tard.Les djiboutien(nes)sont toujours là ,à coté de vous.Cette commémoration ne répresente pas seulement une victoire pour un seul groupe ethnique mais l'ensemble de la population du pays humiliée et maltraité ,dépuis la nuit de temps,par un régime prédataire qui s'appuit toujours une partie ou une autre de ce composantes pour diaboliser l'autre.Les montalités changent et les djiboutien(nes)se rétrouvent tous ensemble pour dire haut et fort au regime actuel "dégage" et laisse nous en paix.

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  5. Nous sommes plusieur generations confondues, chacune de ces generations apporte son temoignage sur la part qu'elle a vecu dans l'histoire de ce pays, condamne' a etre sans histoire. L'histoire de djibouti reste gravee dans la memoire de chacun de nous. La commemoration de la souffrance d'une partie de la population djiboutienne discriminee, ecartee et ciblee par des individus au pouvoir du pays touche a tous les membres de cette petite famille que sont les djiboutiens. Utiliser les uns contre les autres et la diabolisation des uns pour gagner le soutient ou le silence des autres est une vieille technique,heritage du colonialisme. Enfin, Commemorer ensemble les douleurs, les souffrances et les crimes commis contre tous citoyen djiboutien, victime des atrocites' du regime est un devoir national.
    Que Dieu donne son paradis aux ames des victimes de ces atrocites' et donne la resisitance a ceux qui luttent contre l injustice.
    Amin

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