mardi 24 décembre 2013

Cellule Informatique de l'Éducation nationale 1

Chose promise, chose due, après un long silence, me voici de retour avec deux documents authentiques datant du temps où j'étais chef de la toute première Cellule Informatique de l'Éducation Nationale. Le premier est mon premier rapport d'activité écrit le 29 octobre 1994. C'est une sorte d'état des lieux de cette cellule qui brosse la situation qui prévalait au ministère à l'époque et surtout, qui aidera à mieux comprendre le deuxième document qui sera publié dans les jours qui viennent.

Rapport sur la situation de la Cellule Informatique.

Ma responsabilité effective de la Cellule Informatique de l’Éducation Nationale remonte au 15 Juin 1994, date de départ de M. Laurent Guerrini. Depuis ce jour, je suis confronté à une série de problèmes.  Les préparations des examens et des bourses commencent. La mise en service et la maintenance des matériels et des logiciels nous sollicitent beaucoup et le SDI est depuis longtemps au point mort...
Bref, c'est pour vous rendre compte d'une situation difficile et vous faire état de nos problèmes présents ou futurs que j'ai décidé de vous écrire, Monsieur le Directeur, pour que vous puissiez nous aider.

1. Etat des lieux


1.1 Pas de passation de service:

Le départ de mon homologue Laurent Guerrini n’a pas donné lieu à une passation de service. Les problèmes qui en découlent sont nombreux:
  • l’inventaire des matériels et des logiciels originaux complets en service à la cellule informatique n’est pas arrêté,
  • aucun des programmes développés sur place ne possède une documentation technique ou utilisateurs,
  • aucune sauvegarde de sécurité fiable n’a été effectuée pour les programmes et les données des bureaux des bourses et du personnel,
  • aucune documentation n’est disponible pour certains matériels anciens installés dans nos services rendant leur maintenance quasiment impossible.

1.2 Conséquences:

Les conséquences de cet état de faits sont nombreuses. Le programme de gestion du concours d’entrée au CFPEN n’a pas fonctionné correctement et j’ai été obligé de récrire certains modules de ce programme totalement ou en partie sur le lieu même du concours, à la hâte! Fort heureusement, tout a bien fonctionné. Il est en effet extrêmement dangereux de programmer dans ces conditions puisque la moindre erreur peut aboutir à une catastrophe vu l'enjeu en question.

Dans les conditions normales de développement, la moindre retouche apportée à une application doit subir une batterie de tests avant d’être opérationnelle de manière et définitive. C’est pourquoi on doit se garder de procéder à des retouches in situ, d’une part, sans documentation technique et  utilisateurs  et sans une connaissance préalable de la situation, d’autre part, quand on n’est pas soi-même l’auteur du code-source!..

Un des ordinateurs du bureau du personnel, celui contenant les programmes de gestion et le fichier du personnel de toute l’Éducation Nationale, a nécessité le reformatage de son disque dur ainsi que la réorganisation et la réinstallation de tous les programmes et données. J’ai chargé M. Ahmed, mon jeune collègue de cette tâche qui l’entreprit un peu trop vite, croyant disposer d’une sauvegarde fiable et récente. Actuellement, nous n’avons pas pu restaurer la totalité des fichiers perdus sur cet appareil, faute d’outils appropriés.

Le second PC de ce bureau est lui aussi en panne à cause d’une pile CMOS indisponible dans le commerce. Ce bureau est ainsi complètement bloqué au niveau informatique.

1.3 Absence de concertation:

Nous avons reçu à la rentrée 3 nouveaux logiciels:
  • Designer 4.0,
  • CorelDRAW! 4.0,
  • Aldus Photostyler 2.0.

Je me pose la question de savoir à qui ils sont destinés? Pour la Cellule Informatique ? Étant donné que ces logiciels traitent tous les trois des arts graphiques, il y a quelque part un problème car les besoins de Cellule Informatique se situent dans un autre domaine, celui du développement et de la maintenance d’applications de gestion.

A la rigueur, on peut admettre que, pour la production de documents utilisateurs accompagnant les applications élaborées par la Cellule Informatique, un logiciel d’arts graphiques comme CorelDRAW! peut être utile. Mais dans ce cas, pourquoi commander deux logiciels traitant de la même chose, en l’occurrence CorelDRAW! 4.0 et Designer 4.0 qui sont tous deux des logiciels de dessin vectoriel concurrents? Pourquoi la duplication?

En outre, certains outils et bibliothèques d’objets accompagnant ces softs sont livrés sur des mémoires de masse (CD-ROM) dont nous ne possédons pas l’équipement approprié pour une utilisation normale.

Le troisième soft est un logiciel de retouche photo destiné aux grandes imprimeries qui, pour être exploité de manière optimale, demande une imprimante Postcript Couleur de plus de 800 DPI de résolution, un scanner et un écran de très haute résolution ainsi qu’une carte vidéo 24 bits dotée d’une large mémoire et d’un processeur graphique.

Il faudrait savoir qui a commandé ces trois logiciels et pour quelles utilisations? A titre indicatif leur montant total est d'environ 14.000 FF (Prix en Francs Français, TTC) alors que les outils de développement et de maintenance dont nous avons urgemment besoin coûtent environ 9.150 F (Prix toujours en Francs Français, TTC).

NB: La liste des ces outils indispensables est incluse dans le chapitre “Pas d’outils de maintenance et de développement” du présent rapport.

Cette acquisition inutile s'apparente d'autant plus à un gâchis que tous nos besoins ont été longuement débattus et indiqués dans les rapports du Schéma Directeur Informatique du MEN. On est en droit de se demander pourquoi nous déployons tant d’énergie à tout planifier (cf. Les différents rapports du Schéma Directeur Informatique) si les responsables détenteurs du budget, directement concernés comme nous, ne respectent pas ce que nous avons initialement demandé et approuvé tous ensemble?

Dans cet ordre d’idée et dans le domaine du matériel, nous avons convenu tous ensemble qu’un PC au moins devait être fourni au bureau de la comptabilité (où il y avait urgence!) et un autre pour le BIO. Ces matériels n’ont pas été intégrés dans la dernière commande alors que des configurations à processeurs Penthuim et 486 DX/2 66 pourvu de lecteurs CD-ROM et autre carte sonore ont été achetées pour le lycée. Précisons que dans le cadre du SDI, le Penthuim était retenu comme serveur central du futur réseau du MEN et le DX/2 66 comme serveur de site (cf : Rapport de l'étape 3).

1.4 Statut de la "Cellule Informatique" du MEN:

Ni la Cellule Informatique, ni son personnel ne possède de statut officiel précis dans l’organigramme de nos services. Or, lors de ma mutation, il était question de transformer la Cellule Informatique en Service Informatique à compter de Septembre 1994 (comme pour les examens !) et que je serais le responsable de ce service qui compterait trois autres développeurs dont un coopérant français. Ce dernier et l’un des deux djiboutiens qui devaient être nommés en Septembre 1994 (cf. Rapport de la l’étape 3 du Schéma Directeur Informatique) manquent toujours et, aucun local ne leur a été préparé.

Par ailleurs, nos attributions et notre statut n’étant pas définis clairement, les différents services de notre ministère ne savent pas quelle voie officielle utiliser pour nous contacter, ni quelle est notre compétence et notre domaine d’action. Cette situation demande à être clarifiée au plus tôt pour l’intérêt de tous nos services.

2. Pas de budget de fonctionnement


La plupart de nos équipements informatiques sont offerts par la Mission Française de Coopération et d’Action Culturelle à titre gracieux dans le cadre de différents projets. Ces équipements sont de l’ordre d’une configuration complète par bureau, au sein des services centraux de notre ministère. L’entretien de notre parc informatique et l’achat de consommables nécessitent un effort financier de notre part.

A ce propos, nous sommes actuellement dans l’impossibilité de répondre à certaines demandes des utilisateurs du MEN et à procéder à des sauvegardes systématiques de nos données et programmes stratégiques faute de consommables et d'outils appropriés (disquettes, encre, streamers externes et bandes de sauvegarde...).

3. Pas d’outils de maintenance et de développement


La Cellule Informatique est chargée de développer des applications de gestion spécifiques, adaptées à nos services. En outre, elle est souvent amenée à installer les outils de bureautique achetés (prêts à l’emploi ?) en fonction des environnements matériels et des besoins des utilisateurs.

Pour remplir pleinement son rôle, elle a besoin de langages de programmation professionnels pour les systèmes DOS et WINDOWS ainsi que la documentation nécessaire à leur exploitation. Actuellement, nous travaillons avec une copie incomplète de dBase III+ sans la moindre documentation et une autre de dBase IV (version 1.5) sans manuels de référence. Nos applications de gestion des bourses, des examens et du personnel tournent sous des copies illicites de dBase III+ et demandent une réadaptation pour Windows, l'interface logiciel le plus répandu du moment.

Pour arriver à développer des applications fiables adaptées à la réalité du terrain et directement exécutables sous DOS et Windows (pour éviter aussi qu’on nous poursuive pour piratage !) il nous faut dans un premier temps, et d’urgence, les outils suivants:
  • dBase V pour Windows, pour la remise à jour de nos programmes de gestion des examens, des bourses et du personnel et l'écriture des futures applications de gestion;
  • Compilateur pour dBase V pour Windows pour produire des exécutables sans violer de copyrights et protèger nos sources contre les modifications accidentelles ou malveillantes;
  • Visual Basic 3.0 Version Professionnelle, pour l’écriture licite de micro applications autonomes  très rapidement;
  • Laplink Pro V, pour la maintenance des machines et les sauvegardes par câble.

Faute d’outils de transfert (logiciel Laplink Pro et ses câbles), rappelons que le bureau du personnel est bloqué au niveau informatique. Les originaux de leur traitement de texte (AMIPRO 2.0) étant indisponible et leur machine ne pouvant faire tourner les traitements de texte plus récents, la seule solution pour les dépanner consisterait à effectuer “un mirroring” par câble entre ce PC et celui du secrétariat du DG sachant que leur seconde machine est en panne elle aussi (cf : Chapitre "État des lieux").

4. Stage de formation: aucune suite


A mon arrivé à la Cellule Informatique en Novembre 1993, il était question que je fasse un stage de formation à l’étranger pour parfaire mes connaissances informatiques non pas pour gérer l’existant mais pour pouvoir l’améliorer et l’adapter aux utilisateurs et aux matériels d’aujourd’hui. La plupart des applications de gestion ont été conçues quand les utilisateurs n’avaient encore aucune culture informatique et que les matériels étaient encore très limités en puissance de traitement et en possibilité de stockage.  Ces applications demandent à être réactualisées aujourd'hui.

En outre, dans notre domaine, il arrive “une révolution” tous les huit à dix mois. Or, mes connaissances sont pour une large part empiriques et basées sur des expériences et des cas concrets et vécus (je n’ai pas été à grande école). J’ai appris tout ce que je sais en faisant d’abord, comme tout le monde, mon métier d’enseignant chargé de la direction de l’une des écoles primaires les plus chargées au plan des effectifs. Personnellement, je n’éprouve aucune difficulté pour gérer le quotidien en bureautique et en gestion mais le développement d’applications orientées réseaux qui commenceront bientôt, l’analyse et la réorganisation des postes de travail qui en découlent nécessitent une autre approche de la question. Une approche beaucoup plus globale et beaucoup plus conceptuelle.

Dans ma situation actuelle, on ne peut bien informatiser que ce que l’on connaît plus ou moins bien en dehors de l’informatique même (examens, bourses, personnels...qui sont des domaines que les enseignants savent gérer). Ce fut d’ailleurs le cas pour mon prédécesseur, M. Guerrini, qui avait lui, un peu plus de chance que moi puisque arrivé à un moment où la personne qui avait un accès minimal au clavier s’appelait encore “informaticien”. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui a fait que certains aspects de l’informatisation de notre ministère ont été négligé (documentations, formations des utilisateurs...).

Mais comment informatiser une comptabilité, une paie? Comment administrer un réseau, gérer sa sécurité, distribuer ses accès ?.. Autant de questions auxquelles ce stage apporterait une réponse.

5. Le SDI : une reprise difficile


L’étape 4 n’a pas pu être achevée dans les délais prévus (Juin 1994) pour plusieurs raisons :
  • La préparation des scénarios dépend de la recherche des partenaires qui, jusqu’à ce jour, ne se sont pas manifestés;
  • La période n’était pas favorable (préparation et gestion des examens pour moi, continuation du PASEC pour M. Fathi, fin de contrat de messieurs Guerrini et Daubet.

La reprise est tout aussi difficile dans la mesure où les remplaçants de messieurs Guerrini et Daubet (chef de projet) ne sont pas encore en poste, la réponse des partenaires indisponible et un poste djiboutien restant à pourvoir.

Nous nous sommes, malgré tout, efforcés de reprendre ce travail que le 8 octobre dernier. Actuellement, nous sommes en phase de finalisation de l’étape 4 que nous espérons boucler vers la fin du mois de Novembre.

Nous planifierons l’exécution du Schéma Directeur Informatique sans partenaires quitte à reconsidérer la question lorsqu’un partenaire se manifestera.

6. Inventaire matériel et logiciels de la Cellule

6.1  Mobilier:
  • Une armoire métallique sans clés
  • Un bureau (tiroir sans clés)
  • Un petit bureau dactylo (tiroir sans clés)
  • Un meuble informatique
  • 2 fauteuils à roulettes
  • 1 chaise dactylo
  • 1 climatiseur
  • 1 ventilateur mural

6.2  Hardware:
  • 1 PC 486 DX/2 à 66 Mhz livré en Septembre 94
  • 1 PC 486 DX à 33 Mhz actuellement en panne
  • 1 Portatif 486 SX à 25 Mhz + sac et chargeur (Juin 1994)
  • 1 PC 386 SX à 33 Mhz
  • 1 Imprimante à jet d’encre 80 colonnes
  • 1 Imprimante à jet d’encre 136 colonnes (Septembre 1994)
  • 2 écrans VGA Monochromes
  • 1 écran VGA couleur
  • 1 scanner Monochrome (sans doc. ni soft)
  • 2 souris neuves et deux autres en panne
  • 2 claviers 102 touches IPC

6.3  Software:
  • 1 Excel 3.0 (sans doc.)
  • 1 Word 5.5 complet
  • 1 dBase IV 1.5 (doc. incomplète)
  • 2 MS.DOS 5.0
  • 1 MS.DOS 6.0
  • 1 CorelDRAW! 4.0 (livré en Septembre)
  • 1 Designer 4.0 (livré en Septembre)
  • 1 Photostyler 2.0 (livré en Septembre)

6.4  Divers:
  • Des livres sur différentes versions de MS.DOS
  • Des revues informatiques
  • Des emballages vides de MS ACCESS, AMPIPRO, dBfast...

7. Besoins urgents de la Cellule


7.1  Besoins en logiciels:
  • dBase V sous Windows
  • Compilateur pour dBase V sous Windows
  • Laplink Pro version 5

7.2 Besoins en frais de réparation:
  • Bloc d'alimentation du PC destiné à l'ATF de la cellule estimé à 110.000 DJF à la SEE (proforma ci-joint)

7.3 Besoins en mobilier:
  • Mme Garcia, l'ATF affectée à la Cellule Informatique a besoin de mobilier et d'un local pour pouvoir travailler avec nous.

7.4 Besoins en documentation:
  • La bible PC ( Réf : 1144 - Editeur : Micro Application)
  • Le grand livre de Windows 3.1 (Réf : 0922 - Micro Application)
  • Le grand livre de Visual Basic 3.0 (Réf : 0843 - Micro Application)
  • Le grand livre de Novell Netware 3.12 (Réf : 1174 - Micro Application)
  • Le grand livre de Novell Netware 4 (Réf : 1130 - Micro Application)
  • Le grand livre de MS.DOS 6.2 (Réf : 1026 -  Micro Application)
  • Le grand livre de Word 6 pour Win. (Réf : 1126 - Micro Application)
  • Le grand livre de la programmation Excel 5 avec VBA (Réf : 1228 - Micro Application)
  • Le grand livre de Borland dBase pour Windows (Réf : 1257 - Micro Application)
  • Dictionnaire de la Micro 94 (Réf : 1232 - Micro Application)

8. Conclusion


Il est très difficile pour nous de travailler dans ces conditions sans statut, sans budget, et surtout sans outils de programmation et de maintenance. Ce dernier point mérite d’être souligné car, ou nous avons quelque chose que nous n’avons pas demandé, ou nous n’avons rien! Les décisions prises en commun et les priorités établies dans le cadre du SDI ne sont pas respectées par ceux qui ont la charge financière.

En ce qui concerne le Schéma Directeur Informatique, nous sommes déterminés à conduire ce projet à son terme en dépit du travail hors horaires de bureau et les déplacements que cela nous demande (et nous demandera encore). Aussi, à défaut d’indemnisation matérielle, nous pensons que nous serions largement récompensés si on tenait compte, un tant soit peu, des recommandations et des décisions émanant des différents rapports déjà produits ou qui le seront à l’avenir. Désormais, dans le domaine de l'informatique, tous les besoins doivent être programmés en fonction du SDI et les décisions doivent être prises après concertation.

C’est pourquoi, il est nécessaire et urgent, Monsieur le Directeur, de clarifier les choses de manière officielle.

M. HASSAN ABDI ADEN,
Responsable de la Cellule Informatique du MEN.
6 Juillet 1994

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Abréviations utilisées:

MEN = Ministère de l'Éducation Nationale
DGEN = Direction Générale de l'Éducation Nationale
SDI = Schéma Directeur Informatiques
CD = Comité Directeur
ATF = Assistant Technique Français (qu'on appelait communément «coopérant»)
CFPEN = Centre de Formation Professionnel de l'Éducation Nationale (ex-École Normale)
LIC = Lycée Industriel et Commercial


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