mercredi 15 juillet 2009

Une bibliothèque vient de brûler

Innaa Lillaah wa innaa Ileyhi rajicuun. Je viens d'apprendre la triste nouvelle de la mort du grand abwan Hassan Elmi Diriyeh (AHN) appelé à Allah, le samedi 11 juillet 2009. Feu Hassan a laissé dans le deuil 6 de ses enfants et 10 petits-enfants, à qui je dis 'Samir iyo imaan'. Quant au marxuun, je prie Allah de lui ouvrir toutes grandes les portes de son paradis.

Né en 1933 à Djibouti, Hassan Elmi a fait autorité dans le domaine de la culture en langue somalie pendant plus de 50 ans. Il était auteur. Au cours de sa longue carrière, il a écrit un nombre incalculable de pièces de théâtre comme «sadex baa isku fantay». Toutes les chanteuses et tous les chanteurs djiboutiens connus ont chanté plusieurs dizaines des chansons écrites par le marxun (Saïd Hamargod, Abdi Nour, Neima Djama, Nadifo Hadji, Fadoun Doualeh, Ismahan Houmed, etc.)

Il fut acteur et comédien. Il a fait partie des plus grands maîtres du rire djiboutien. Il a joué aux côtés de Ibrahim Gadhlé (AHN), de Dacar (AHN) de Moussa Gaab et de bien d'autres.

Hassan Elmi était aussi interprête. Cet homme pieux et sage (chose paradoxale dans les milieux artistiques) a écrit puis interprété beaucoup de Qasayd comme «baroor iyo buuq, balay baydh», «guullow allow aakhira na gee, guryo raaxa leh». Il égayait les longues veillées du mois sacré de ramadan. Hassan Elmi Diriyeh (AHN) était aussi un patriote qui appartenait à la classe des artistes djiboutiens qui étaient en premières lignes de la lutte pour l'indépendance.

Le dernier et non le moindre, il étaient également pédagogue en mettant son art au service de l'éducation du public en général et de la jeunesse en particulier. En effet, il a fait des clips vidéos pour plusieurs campagnes de sensibilisation visant à améliorer la santé et la salubrité publique. Son atelier de vulgarisation des chants et danses Saylici dans les installations de l'ancien LIC de Djibouti avaient beaucoup de succès auprès des jeunes.

Comme bien d'autres, Hassan Elmi nous a quitté et avec lui, un grand pan de notre patrimoine culturel. Ahmadou Hambaté Bâ disait «En Afrique, un vieillard(*) qui meurt est une bibliothèque qui brûle». Mais le plus grave dans tout ça, est que j'ai appris la nouvelle de cette bibliothèque qui a brûlé, par un ami qui l'a trouvé dans un site somalilandais.

Aucun mot dans la version électronique de la feuille de chou du gouvernement des warabas de notre pays (versions web en date du 13, 14, 15 et 16 juillet). Comme d'habitude, les affaires des autres passent avant celles des djiboutiens modestes. Dans La Nation, on a envoyé un message de condoléances au président d'Iran, une félicitation à Sarko pour le 14 juillet et son Altesse Sheikh Nasser Mohamed est attendu à Djibouti (sûrement pour signer des chèques au porteur)... Rien sur ce pan de notre culture qui tombe... C'est triste. Car Hassan Elmi était un homme de culture, un auteur et un artiste prolifique doté d'une personnalité humble et pieuse. Durant sa longue carrière, il a su gardé son oeuvre au dessus des querelles partisanes qui ont déchiré notre société. Il n'est pas étonnant que l'organe de presse des warabas ne rende pas hommage à ce genre d'homme.

«Guullow allow, aakhira ku gee, guri raaxa loo, gogol fican taal» (je reprends les propres mots du regretté). Et moi j'ajoute : Illaahooy u naxariiso Xasan, isagiyo waalideeteen, walaaleheen, iyo, muslimiinta dhamaan intii xaq iyo xusuusba inagu lahayd ee xabaalo bariday. Amiin yaa Allah.

Hassan A. Aden
hassan.aden@ncf.ca

(*) Un vieillard (ou oday en somali, idalto en afar, shayba en arabe) loin d'être péjoratif, est un terme plein de respect dans les langues nationales djiboutiennes. La meilleure traduction serait selon moi «un vénérable».

1 commentaire:

  1. May Allah accept Hassan Elmi Diriye in his Jannat'al Fardaus. Amen.

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